Tuesday, August 08, 2006

- Mon bras vous dérange ?
Le train était bondé de petites tête occupé a rebondir au rythme des cahots du train contre les rails et voila que, tel un troupeau de mouton, les regards s'était retourner vers mon petit groupe de siège. A ma gauche, un homme au regard un peu hagard venait de m'adresser la parole. Je ne le connaissais pas. Je ne l'avais jamais vu auparavant. Lui non plus d'ailleurs, sinon il aurait sut que je ne suis pas du genre a apprecié que l'on vienne me poser des questions quand je regarde le paysage défiler devant mes yeux. Les villes grises de la banlieue parisienne n'ont rien d'interessante. Les usines suivent les usines qui servent d'introduction a des marres de maisons en pierre qui était déjà là quand mon père prenait le train et qui ne seront surement plus là pour mes enfants car ainsi va le rythme de l'evolution du paysage, en s'accelerant, mais pas forcement en s'améliorant. Le nouveau decors que je devais subir en cet instant était celui d'une homme vraisemblablement intoxicé par une substance douteuse ou condamné a être eternellement sujet a des sauts d'humeur l'emmenant a commettre l'inevitable. Rien que pour passer son temps. Moi je m'ennuie en regardant les paysages et lui s'ennuie aussi mais il trouve des pretextes pour emmerder le monde. Chacun son passe temps.
- C'est mon bras qui vous dérange ? Répeta t'il avec des yeux attentifs a chacun des mouvements de mon visage, surement afin de deviner quel allait être ma réaction.
Habillé d'une chemise verte et d'un jean usé, l'homme avait tout du vagabond qui trouve son habillement de saison a l'armée du Salut. Pourtant, quand le controleur était passé il avait montré son ticket avec un grand sourire. Celui de ceux qui se savent en régle. Et qui aime être en régle, pas comme tout ceux qui espèrent encore ne pas se faire prendre a frauder dans le train alors que les controleurs vivent maintenant pratiquement dans les râmes du RER C. De plus, son odeur corporel n'était pas parfumé au vin de supermarché et malgrès sa barbe fraiche du jour precedent je ne voyais pas dans les orbites de cet homme les mêmes yeux perdus que les veritables clochards ont a force de ne pas adresser la parole normalement a quiconque qui n'est pas un compagnon de mendicité. Et voila donc que ce type, ce pseudo vagabon, definissons le ainsi, commencait a me parler. Et avec violence en prime. Monsieur débute la conversation avec energie et attends une réponse. Je ne vais donc pas le faire patienter plus que ça.
- Quel bras ?
L'audience détourne son regard de mon interlocuteur et commence a me détailler afin de savoir quel est le risque encourus. Suis je le genre a sortir un couteau ou a me rentrer dans mon pare dessus au bout de deux phrases ? Si je me fie aux concertos pour "boule dans la gorge ravalée avec difficulté" qui viens de retentir dans le wagon, je pense que l'opinion general tend plutot vers la première catégorie.
- Mon bras, me réponds t'il, voyez vous ...
- Vous êtes handicapé. J'interrompt son laïus en mois de deux et ça le choque. Il le prends mal même mais il essaye de ne pas le faire ressentir. Tout comme les intermittants du spectacle qui font la manche dans le metro de Paris, mon partenaire sur les planches de ce thèatre urbain, il preparait son texte et le repetait scrupuleusement. Mais voilà que le rythme s'emballe et qu'un imprévus viens de bousculer le fil de son monologue.
- Vous n'avez pas de bras, vous êtes handicapé, repris je. C'est bien ça, non ?
- Oui, c'est exact, car voyez ...
- Donc il ne peut pas me gener. Puisque il n'est plus là.
La lègère tension que j'avais vu grandir au coin des lèvres de mon interlocuteur venait de recevoir un grand bac d'engrais ultra rapide et se transformait maintenant en rictus de rage incontrolé. Pas très content le monsieur, pas content du tout. Même la grand mère fébrile qui crachotait dans son cabat juste en face de moi venait de retrouver les gênes qu'elle avait en commun avec Marie Joe Perec et était partis en quelques instants sur une banquette éloigné ou elle pouvait esperer que les mères de familles qui se trouvait entre elle et nous seraient un excellent bouclier quand l'un de nous deux engagerait les hostilités. Et en matière d'hostilité, chemise verte avait de quoi faire. De l'hostilité premier choix.
- Mon bras, me hurla t'il, on me l'a volé pour le bien être de la France ! Et je vais te le faire payer, connard !
Une vraie replique de films d'actions.
- Ah, non, pardon, je n'étais pas encore né et je ne peux donc être porté responsable. Alors si vous me le permettez ...
Je n'ai eu envie d'attendre sa réponse et de toute manière ce n'était pas mon intention. Voyez vous, on s'ennuie dans les longs trajets. Chemise verte aime frapper pour passer le temps. Moi, le paysage, je le connais. Alors quand l'occasion se presente de rouler des mecaniques et de renvoyer un guignole dans les cordes, je ne vais pas me gêner. Le poing qui se trouvait a l'extremité de mon bras droit, celui que j'avais et que l'autre m'enviait, venait de partir dans la direction de la machoire du malotrus et vint en quelques instants a la rencontre de la machoire de l'autre qui aurait bientôt besoin d'aller faire un séjour chez son dentiste. J'aime aider cette profession, on ne va jamais voir assez souvent son dentiste. La tête basculait maintenant et les yeux étonnés, semblable a ceux d'un enfant a qui l'on viens d'apprendre que le père Noel n'existe pas, suivaient le mouvement. Le tout s'affalant finalement sur la banquête opposé par chemise verte. Tout rentre dans l'ordre et bientôt chacun reprends son observation du paysage ou des nichons des demoiselles, chacun son passe temps. Au moins on aura de quoi raconter a table ce soir. Une nouvelle histoire, vielle comme le monde, ou le gendarme donne un bon coup sur la tête de guignol et l'envoie allourdir le trou de la Sécurité Sociale. Désolé, pensais je en regardant le type, mais moi aussi je m'ennuyais.

0 Comments:

Post a Comment

<< Home